Las Migas font rimer «Flamencas» et «feministas» dans leur nouvel album
Depuis la fondation du groupe il y a 20 ans, Las Migas explore les limites du flamenco en teintant ses rythmes traditionnels - bulerias, tangos, seguiriyas - de sonorités plus folk ou jazz, voire pop. Dans leur dernier album Flamencas, sorti en mai 2025 qui vient de bénéficier d'une sortie physique en France, elles reviennent à une musique plus traditionnelle, et se concentrent sur les messages portés par leur voix. « Je te veux libre, gitane, et que tu ailles avec le vent » : c'est sur ces mots que s'ouvre Flamencas, le dernier album de Las Migas, récompensé par le Latin Grammy du meilleur album flamenco de l'année en 2025. Des flamencas libres donc, comme la musique qu'elles explorent depuis vingt ans sous la houlette de Marta Robles, membre fondatrice et capitaine du navire Las Migas. Après quelques années à explorer toutes les facettes du flamenco et surtout à incorporer des influences venues du monde de la folk, du jazz ou de la pop, les quatre musiciennes sont cette fois revenues à leurs premières amours : le flamenco traditionnel. « C'est le flamenco qui nous a permis de parcourir le monde et d'avoir la carrière que nous avons, se remémore Alicia Grillo, chanteuse principale du groupe et guitariste. Alors, nous voulions faire, d'une certaine manière, un cadeau au flamenco. » Un flamenco féminin et féministe Avec cet album, Las Migas sont donc revenues aux racines de cette musique andalouse. Les chansons reprennent des rythmes traditionnels - le bulerias ou le tangos, plutôt festifs ; le seguiriya, dans un registre plus mélancolique - et sont accompagnés d'accords simples, de puissantes guitares sèches, et de claquements de main nerveux. Tout y est : l'essence du flamenco est respectée. Mais Las Migas s'autorisent tout de même quelques transgressions - les mêmes qu'elles affectionnent depuis le début de leur carrière. D'abord, elles chantent entre femmes, et jouent entre femmes, dans un style musical pourtant très genré et où les hommes ont, traditionnellement, la mainmise sur la guitare. « Lorsque Las Migas a commencé, nous étions les seules à faire cela, se souvient Marta Robles. Aujourd'hui, cela a un peu évolué, mais il reste beaucoup de travail...» Alicia Grillo rebondit : « Notre rêve, ce serait de voir des femmes sur toutes les scènes du monde. Mais pour cela, il faut que les jeunes femmes, les filles, se rendent compte que c'est possible d'en faire son métier. » Alors, inlassablement, les quatre miettes [« migas » veut dire « miettes » en espagnol, ndlr] continuent de montrer le chemin. Surtout, les quatre musiciennes récrivent les paroles du flamenco traditionnel pour le mettre en accord avec leurs valeurs. « Nous avons besoin de nouvelles histoires,» martèle Alicia Grillo. « Il y a par exemple le thème du "celos", la jalousie...» - un thème largement chanté dans le flamenco, où les hommes font reposer leur honneur sur la fidélité voire l'obéissance de leur amante. Sous la plume de Las Migas, cette jalousie devient au contraire un horizon à éviter à tout prix : « Je ne veux pas être jaloux, / (...) L'amour est fait pour être vécu sans secrets, ni cadenas, ni promesses » chantent elles ainsi dans leur propre Celos, chanté sur un tangos. Une charge contre le sexisme déguisé en traditionalisme Les messages se font parfois même plus frontaux. « Nous ne supportons pas les personnes qui, sous couvert de culture, de tradition, ou de religion, veulent soumettre les femmes, tempête ainsi Marta Robles. Nous pensons que ce n'est qu'un prétexte pour contrôler les femmes, et nous voulions crier : assez ! » C'est de là qu'est née la chanson « Grito » [le cri, ndlr], ode à la liberté mais surtout, chant de guerre contre les règles culturelles qui asservissent les femmes. Pour donner encore plus de poids à leurs paroles, Las Migas se sont accompagnées, sur ce titre, du groupe de folk féminin Tanxugueiras, né en Galice, dans le nord de l'Espagne. Avec toujours une exigence : ne jamais sacrifier la qualité musicale sur l'autel de la politique. Une affaire de femmes donc, mais à mettre entre les oreilles de tous les hommes. Facebook / Instagram / YouTube