
Marc Geiger, avocat pénaliste — Défendre les enfants victimes, les femmes et affronter l'indicible
Maître Marc Geiger défend les enfants victimes depuis bientôt trente-huit ans. Des enfants qui ont connu l'indicible et qui n'ont rien demandé à personne pour se retrouver là. Il les accompagne aux assises — ce lieu qui n'a pas été pensé pour écouter les victimes, et encore moins pour protéger des enfants projetés dans un monde qui n'est pas fait pour eux.
On peut lire qu'il a plaidé plus de trente affaires criminelles, écrit deux livres, qu'il défend les familles brisées et les proches de disparus. Ce qu'on lit moins, c'est ce qu'un homme devient à passer presque quatre décennies à écouter ce que les autres préfèrent ne pas savoir. À porter les noms de ceux qui ne sont plus là, devant des juges qui n'étaient pas là quand l'horreur est arrivée.
C'est cet homme-là que je reçois. Pas seulement l'avocat. Celui qui rentre chez lui avec des dossiers qui l'empêchent de dormir. Celui qui croise en boucle les âmes les plus sombres et qui continue, malgré tout, à croire que le monde est beau.
Dans cette conversation profonde, il raconte la mémoire traumatique, cette part du cerveau qui efface pour nous protéger. Il dit pourquoi il faut croire un enfant qui parle, et pourquoi les signaux d'alerte, dans presque toutes les affaires de violences, étaient là avant le drame. Il parle des féminicides, de l'emprise, de la frontière trouble entre aimer et posséder.
Il décrit aussi la justice vue du côté des victimes : les questions impossibles posées à un enfant terrorisé, la honte qui précède une plainte, le temps interminable entre la parole et la réparation. Un témoignage intime sur ce que l'institution fait, et défait, chez ceux qu'elle est censée protéger. Une parole rare sur l'écoute qu'on doit aux plus vulnérables, sur la psychologie du traumatisme et sur la guérison émotionnelle, celle qui passe d'abord par la parole. Et sur la conviction qui tient tout son travail : on peut sortir d'un procès en allant mieux qu'en y entrant.
Mais il parle aussi de ce qui le tient debout. De ses filles à qui il demandait, petites, de le « recharger ». Des deux sœurs qu'il a perdues et qu'il appelle encore avant chaque plaidoirie. De sa manière de faire revivre les morts, l'espace d'une audience, plutôt que de laisser les vivants devenir des morts-vivants. De sa définition du pardon, celle qui n'efface rien mais coupe le lien : je te pardonne, comme ça tu ne pourras plus jamais rien me faire.
Il y a, dans ce qu'il raconte, une question qui traverse tout : comment garder une âme intacte au plus près de ce que l'humain produit de pire ? Sa réponse tient peut-être dans une phrase. Au milieu des âmes les plus noires, il a rencontré les plus belles. Des gens d'une dignité, d'une résilience et d'un courage qui forcent le respect. Et quelque part, dit-il, la balance se fait.
Un épisode sur la justice, le deuil, la foi, la reconstruction et les blessures qu'on apprend à porter. Sur la force mentale qu'il faut pour regarder le mal en face sans cesser de croire en l'homme. Sur la protection de l'enfance, aussi, et sur ce que devient le sens d'une vie quand on décide d'être utile aux autres.
La phrase qu'il a choisie pour ouvrir cet échange : « Je ne perds jamais. Je gagne ou j'apprends. »
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