Le choix musical de RFI podcast

Pas de retour au foyer pour Tinariwen, mais un retour aux sources dans «Hoggar»

0:00
NaN:NaN:NaN
15 Sekunden vorwärts
15 Sekunden vorwärts

Après quarante-cinq ans de carrière et des concerts tout autour du monde, c'est toujours chez eux, dans le désert qui borde Tamanrasset, que les membres de Tinariwen se sentent le mieux. Ce vendredi 13 mars, le groupe a dévoilé son dixième album, Hoggar. Un disque qui revient aux sources de l'assouf, sans faire de concessions aux influences venues d'autres musiques. 

Comme tous les Touaregs, les membres de Tinariwen ont le mal du pays. Leur dixième disque, Hoggar, est un vibrant cri du coeur en ce sens - et cela commence dès le titre, puisque le Hoggar, c'est le massif de montagnes désertique qui borde Tamanrasset en Algérie, « un lieu emblématique pour la communauté keltamsheq », martèle Abdallah Ag Al Hosseini, l'un des membres fondateurs du groupe. 

Retour aux sources musical 

Sur leur précédent disque, enregistré à Nashville, Tinariwen s'était laissé tenter par des influences country. Cette fois, les intentions sont claires : « on voulait vraiment plonger profondément dans les sources, la musique touarègue authentique, » raconte Abdallah Ag Al Hosseini. « La musique touarègue n'est plus écoutée seulement par les touaregs, elle devient universelle. Alors parfois, on essaie d'autres influences. Mais nous, on voudrait toujours garder un lien avec chez nous. » Saddam, l'un des membres fondateurs d'Imarhan, qui pose sa guitare sur plusieurs pistes de l'album, abonde : « C'était amusant d'essayer d'ajouter de la musique électronique avec Essam [le dernier album d'Imarhan, ndlr]. Mais faire du blues touareg 100%, ça permet aussi de garder un équilibre.»

Hoggar fait donc la part belle aux essentiels de l'assouf : beaucoup de guitares - sèches autant qu'électriques -, des chorales, des rythmes marqués par les claquements de main... le tout, directement dans l'ambiance sèche et venteuse de Tamanrasset, où le disque a été enregistré. « Quand tu enregistres chez toi, ça change tout, estime le cofondateur du groupe. Lorsqu'on fait un album à Paris, ou aux Etats-Unis, on a un temps limité, il faut que tout soit prêt rapidement. Quand tu es à Tamanrasset, tu peux attraper tout le monde, les copains... c'est très différent. »

Passage de témoin

Si le groupe revient aux essentiels, il ne se renferme pas sur lui-même pour autant. Au contraire, jamais Tinariwen ne s'est autant ouvert à de nouvelles voix - peut-être parce qu'après 45 ans de carrière, et alors que certains membres approchent des 70 ans, il est temps de passer le témoin à la nouvelle génération. Avec la présence sur le disque de Saddam d'Imarhan, et de Liya Ag Ablil - qui n'avait pas chanté avec le groupe depuis 25 ans -, toutes les générations du blues touareg sont réunies sur un même album. 

Des jeunes femmes aussi sont présentes sur le disque - « certaines sont venues au studio pour voir comment ça se passait, raconte Saddam, et elles ont essayé de chanter pour la première fois ! » - à la fois dans les choeurs et dans ce titre partagé avec la chanteuse soudanaise Sulafa Elyas. Abdallah Ag Al Hosseini : « ​​​​​​​dans la musique touarègue, le rôle des femmes est très important. Donc il faut bien se rendre compte que, s'il n'y a pas de femmes sur un disque d'assouf, ce n'est pas un choix. » 

Le mal du pays

Les membres de Tinariwen n'ont pas eu d'autre choix, non plus, que de s'installer à Tamanrasset et d'enregistrer dans le studio Aboogi d'Imarhan. Le groupe a été chassé de sa région de l'Azawad - le nom que la communauté keltamasheq donne au nord du Mali - par l'insécurité dans la zone. Une situation que le groupe dénonce sans fard dans l'album, notamment avec la chanson « Aba Malik », frontalement opposée aux mercenaires du groupe Wagner. « Ils font ce qu'ils veulent dans la région, ils chassent les gens, ils tuent des gens, des animaux, accuse Abdallah Ag Al Hosseini. C'est une catastrophe.» Sur ce disque, comme sur les précédents, il est donc question d'exil, d'errance, de nostalgie du pays. Hoggar signe donc ce qui, dans ces conditions, ressemble le plus à un retour chez soi : revenir à la musique des origines. 

Tinariwen Hoggar (Wedge) sorti le 13 mars 2026 ; en concert à Paris les 8 et 9 mai 2026. 

Weitere Episoden von „Le choix musical de RFI“