
đïž Â« Jâai dit non aux millions pour protĂ©ger VLC » (Jean-Baptiste Kempf, Kyber)
Bienvenue Ă lâĂ©coute dâINNOVATEURS, une nouvelle sĂ©rie de Monde NumĂ©rique consacrĂ©e Ă celles et ceux qui font lâinnovation. Pour ce premier numĂ©ro, je reçois Jean-Baptiste Kempf, co-crĂ©ateur du logiciel VLC, figure de lâopen source, aujourdâhui Ă lâorigine du projet Kyber.
Punchlines
- Refuser lâargent sur VLC, câĂ©tait la bonne chose Ă faire.
- Lâopen source, ça appartient Ă tout le monde.
- Innover, câest dĂ©placer lâĂ©tat de lâart.
- La qualitĂ© pour innover, câest ne pas avoir peur.
- LâIA est un accĂ©lĂ©rateur, pas un remplaçant.
C'est une histoire qui fait dĂ©sormais partie de la saga française des technologies. Au dĂ©but des annĂ©es 2000, des Ă©tudiants de l'Ă©cole Centrale Paris crĂ©ent VLC, un logiciel capable de lire tous les formats vidĂ©o. Cela deviendra le logiciel français le plus tĂ©lĂ©chargĂ© au monde, utilisĂ© par des centaines de millions de personnes. Jean-Baptiste Kempf, co-crĂ©ateur de VLC, raconte cette aventure. Il dĂ©voile lâenvers du dĂ©cor, comment une technologie open source a suscitĂ© bien des appĂ©tits, et il explique pourquoi il a refusĂ© des offres de rachat mirobolantes. Il raconte aussi ce qui se cache derriĂšre VLC : les cyberattaques, les fausses versions et les tentatives de dĂ©tournement. Il partage aussi son parcours hors VLC, avec Shadow, Vente PrivĂ©e, Scaleway et aujourd'hui Kyber, une solution de transmission Ă trĂšs faible latence pour contrĂŽler Ă distance ordinateurs, robots ou drones, en open source avec une licence commerciale. Enfin, il livre sa vision de l'innovation qui, pour lui, consiste Ă âdĂ©placer lâĂ©tat de lâart", Ă condition de "ne faut pas avoir peur". L'occasion d'Ă©voquer la culture du risque et de lâĂ©chec en France. Il se confie Ă©galement sur son usage de l'IA, un âsuper stagiaireâ pour coder plus vite, qui ne remplace pas l'humain, mais qui pose un vrai dĂ©fi pour la formation des juniors.
Interview : Jean-Baptiste Kempf, co-créateur de VLC
Comment est né VLC ?
VLC nâa pas Ă©tĂ© conçu comme un produit standard. Câest l'aboutissement de plusieurs projets Ă©tudiants Ă Centrale, liĂ©s au rĂ©seau du campus. Ă lâorigine, il y avait lâidĂ©e de faire transiter un flux vidĂ©o sur le rĂ©seau local, et ensuite le projet a Ă©tĂ© relancĂ© en open source. Il a fallu trois ans pour convaincre lâĂ©cole de passer en licence GPL, et ça sâest fait le 1er fĂ©vrier 2001. Le logiciel âclientâ sâappelait VidĂ©olan Client, puis câest devenu VLC, et la plupart des gens lâutilisent juste comme lecteur vidĂ©o.
Pourquoi avoir refusé des offres financiÚres énormes pour VLC ?
Parce que cela n'aurait pas Ă©tĂ© moral. VLC nâest pas Ă moi, câest des milliers de personnes qui ont contribuĂ©, des gĂ©nĂ©rations dâĂ©tudiants. On aurait pu faire Ă©normĂ©ment dâargent avec notre base installĂ©e Ă©norme, surtout via la marque et le site web. Mais dĂ©truire la confiance, dĂ©truire la communautĂ© en deux ans âpar calculâ, je ne pouvais pas. Je nâaurais pas pu dormir la nuit. Donc jâai refusĂ© des sommes Ă huit chiffres.
En quoi consiste ton nouveau projet Kyber ?
Kyber, câest hĂ©ritĂ© de Shadow, oĂč je suis passĂ© Ă©galement : c'est lâidĂ©e de contrĂŽler des machines Ă distance, avec de trĂšs faibles latences. Ăa peut ĂȘtre des ordinateurs puissants avec GPU pour lâIA, du rendu 3D ou du gaming, mais aussi des drones, des robots, des vĂ©hicules autonomes qui ne sont pas totalement autonomes. On apporte les briques rĂ©seau, lâencodage/dĂ©codage vidĂ©o Ă trĂšs faible latence, et la synchronisation de tous les flux : audio, vidĂ©o, capteurs, clavier, souris, gamepad. Et il faut aussi sâadapter aux conditions rĂ©seau, sans pouvoir âattendreâ comme Netflix : quand tu contrĂŽles un robot, câest la vraie vie.
Qu'est-ce que l'innovation pour toi et quelles qualités faut-il pour innover ?
Pour moi, innover, câest dĂ©placer lâĂ©tat de lâart : soit en recherche, soit avec des produits vraiment nouveaux. Le problĂšme, câest quand tout le monde se dit innovant : Ă la fin, plus personne ne lâest. Et la qualitĂ© indispensable, câest ne pas avoir peur. En France, on a eu un vrai changement culturel : lâĂ©chec fait moins peur, beaucoup plus de diplĂŽmĂ©s veulent aller en start-up quâavant. Et il faut Ă©viter la monoculture : câest la diversitĂ© qui fait apprendre.
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